Amédée Borrel, l'intuitif

Avec Calmette et Yersin, il participe à la mise au point d’un vaccin et d’un sérum contre la peste, puis travaille sur diverses maladies infectieuses et devient en 1900 professeur au cours de microbiologie de l’Institut. En 1907, alors qu’un savant suédois lui rend hommage en nommant des bactéries Borrelia, il est le premier à émettre l’hypothèse – majeure – d’un lien entre virus et cancers (voir ci-dessous). Pendant la guerre, Borrel réalise l’un des premiers masques à gaz et crée à Fréjus un centre de diagnostic, de vaccination et d’adaptation aux conditions climatiques européennes pour protéger les troupes d’Afrique de la tuberculose. En 1919, il est appelé à Strasbourg, tout en restant très attaché à l’Institut Pasteur. Il y crée un Musée Pasteur bombardé et pillé pendant la deuxième guerre mondiale – et une exposition sur l’hygiène pour le centenaire de la naissance de Pasteur, en 1923. Chercheur passionné, il fut un professeur adulé, tenant « son auditoire sous le charme de sa voix chantante que colorait l’accent du terroir natal (…) ponctuant ses affirmations d’un geste précis, d’un coup d’œil noir, ajoutant à la magie verbale la chaude conviction qui l’animait. C’était un enseigneur éblouissant, où l’on reconnaissait un maître. » (1) Également artiste, il peignait ses observations scientifiques à l’aquarelle et ses sculptures furent exposées à plusieurs reprises à la Société nationale des Beaux-Arts. Très « famille », ce père de quatre enfants, profondément affecté par la perte de deux d’entre eux, passait ses vacances dans sa maison de Cazouls-les-Béziers, où il fut emporté à 69 ans par une tuberculose.
(1) Citation du pasteurien Pierre Lépine lors d’une allocution à l’occasion de la pose d’une plaque commémorative sur la maison natale d’Amédée Borrel, en 1967
| VIRUS ET CANCERS : UN VISIONNAIRE Si l’on sait aujourd’hui que certains virus peuvent être à l’origine de cancers, Amédée Borrel fut le premier à l’imaginer. « La classe des Tumeurs est immense, elle comprend certainement les productions les plus variées et les plus hétérogènes ; pourquoi ne pas admettre comme possible – et par principe – qu’à des virus encore inconnus peuvent correspondre des lésions spéciales dont la raison d’être sera expliquée plus tard ? » écrivait-il en 1907. « Si le virus ou les virus cancéreux sont encore inconnus, si les voies de pénétration en sont profondément obscures, on n’a pas le droit de les récuser ou de les nier a priori ». Accueillie avec scepticisme, l’hypothèse de Borrel ne fut démontrée que cinquante ans plus tard. Son ancien élève Jean Levaditi constatait alors : « Il ne s’était pas trompé, son intuition était seulement trop en avance sur les moyens de son temps ». |
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> 1867 Naissance à Cazouls-les-Béziers (Hérault). > 1890 Thèse de doctorat à la faculté de médecine de Montpellier. > 1892-1900 Remarqué par Elie Metchnikoff, il entre à l’Institut Pasteur. Travaux sur la tuberculose, la peste, la péripneumonie des bovidés, le tétanos… > 1900-1914 Nommé professeur du cours de microbiologie de l’Institut Pasteur. Cherche à démontrer son hypothèse sur l’origine virale de cancers, mais étudie aussi la clavelée, la péripneumonie, la tuberculose, la spirillose des poules. > 1914-1918 Met au point l’un des premiers masques à gaz. Crée à Fréjus un service médical pour les troupes noires d’Afrique. > 1919 Désigné pour occuper la chaire de bactériologie de la faculté de médecine de Strasbourg et la direction de l’Institut d’hygiène et de bactériologie. Poursuit ses travaux sur les cancers et met au point des techniques de cultures cellulaires. > 1923 Organise à Strasbourg pour la célébration du centenaire de Louis Pasteur une exposition d’hygiène et l’inauguration d’un Musée Pasteur. > 1934 Devient membre du Conseil scientifique de l’Institut Pasteur. > 1936 Décès à Cazouls-les-Béziers. |